La parenthèse aquatique

 

National Park to Whakahoro (52km)

J’ai 3 jours pour parcourir ces 52 km, autant dire que je vais avoir un nouveau jour de break avant d’entamer la rivière. Comme je viens d’en avoir deux, je décide de partir le mardi 26 au matin, après avoir passé un dernier coup de fil pour Noël. Les batteries sont rechargées.

La pluie ne sera pas suffisante pour m’arrêter. J’attends la première accalmie et m’extrais du confort retrouvé pendant ces deux jours. Et pour tout vous dire, il me tardait un peu de repartir. J’ai envie d’avancer et de repartir. Mon esprit n’est pas sur le mode plein confort et ne prend qu’un plaisir limité ici.

Je ne m’y attendais pas mais la journée a été marquée par de magnifiques paysages le long d’un chemin arpentant en zigzag le flanc d’une colline.

Puis, le long de la route, comme si de rien n’était, un berger laisse brouter ses 200 moutons. Aux voitures de s’adapter! Tu sens qu’il n’y a pas beaucoup de passage.

Le lendemain j’enchaîne les 25km d’un coup. Arrivé à 13h30, il ne me reste plus qu’à manger monter le camp et me reposer un peu.

Le décor autour est vraiment sympa et je décide de ne rien faire le lendemain si ce n’est prendre le temps de prendre mon temps, par la lecture, un peu de lessive et d’autonettoyage et profiter de chocolats chauds et toasts dans un lodge à côté.

Avec le canoë les 4-5 jours à venir, et l’arrivée à Whanganui où j’espère pouvoir trouver un cordonnier, j’espère repartir sur des bases solides pour le tendon d’Achille.


Whakahoro – Whanganui en canoë (4jours – 155km)

Sur le camp la veille une dizaine de TA hikers sont arrivés, et c’est la première fois que j’en croise autant. Il y a pas mal de nationalités (Canada, USA, Autriche, Belgique, Japon, Anglais). Ce que je remarque vite c’est qu’ils ont tous un sac bien plus léger que le mien. La plupart tournent sans eau et nourriture entre 8 et 10kg. Plus j’avance et plus je vois que c’est effectivement le meilleur compromis entre le confort de la marche le jour et le réconfort du repos le soir.

Et puis il y a deux extrêmes avec 4 et 5kg. Le Canadien est parti pour 2 ans de marche à travers tous les gros treks de la planète et l’Autrichien a fait le PCT juste avant de faire le TA. Autant vous dire qu’avec ces poids c’est confort minimum mais c’est vitesse maximum la journée ! Ils ont une moyenne de 40 km/jour. Inspirant ! L’Autrichien a carrément fait lui-même son sac de randonnée. Un passionné. Bref je vois que je suis encore bien lourd! Mais bon on va voir ce que cela va donner sur la distance. En tout cas c’est bien sympa de rencontrer tout ce monde et d’échanger sur les manières de faire et d’appréhender ce voyage entre les uns les autres.

Départ donc vendredi 29 pour une petite journée, l’agence n’est arrivée qu’à 10h30. Le temps de mettre les canoës à l’eau, nous débutons à 11h30. Le temps est parfait et après avoir autant marché dans les forêts, il est intéressant de les voir sous un nouvel angle.

Depuis la rivière, lorsque les flancs des berges deviennent abrupts, il te semble observer la forêt depuis le dessus. Parfois, tu n’es pas loin d’être dans la jungle. Et puis, bonne surprise, je pensais que la rivière serait bondée de monde mais pas du tout, les seuls bruits perceptibles sont ceux des oiseaux et de ta pagaie sur le canoë. La journée passe vite et nous retrouvons tout le petit monde des TA hikers au camping ce soir! Un bon moment passé tous ensemble.

Samedi 30 Décembre (44km – Ohaora campsite – Bridge to nowhere campsite) :
Le levé se fait dans le brouillard autour de 6h30. Tout le monde est à son rythme, et nous partons de notre côté à 8h20. Le brouillard s’est alors dissipé pour laisser place à un grand ciel bleu. Je me dis que nous sommes pour le moment très chanceux avec le temps qu’il fait! Les rapides ne sont pas si féroces, et ce matin, sur les sections plus calmes, les berges ainsi que toute la forêt sus-jacente se reflètent sur la rivière qui agit comme un miroir. Nous progressons dans des décors et des conditions parfaites!

Pour être un brin exigeant, j’aurais préféré avoir un peu plus de gros rapides et une partenaire un peu plus active sur le canoë mais je me console avec tout ce qui m’entoure, il serait difficile de se plaindre ici ! Arrivés au camping à 15h30, nous profitons d’une super vue sur les environs.

 

Le 31 Janvier se fera dans une hut ou un camping dépendamment de la distance que nous parcourerons le lendemain. Je planifie de faire 61km afin d’arriver jusqu’à une hut, un moyen d’éviter de monter la tente et de prendre le temps pour un bon repas au moins le soir du 31. Je pense que ce sera la première fois que je ferai un réveillon aussi calme. Comme ça ne m’est pas familier de fêter une nouvelle année en plein été, ce sera certainement un soir comme les autres pour moi sur le trajet si ce n’est le coq au vin que j’ai décidé de prendre pour mon repas.

Dimanche 31 Décembre (61km -> Bridge to nowhere campsite – Downes Hut)
Départ à 7h35. À la vue de la journée d’hier je sais qu’il va falloir que je pagaie fort aujourd’hui pour atteindre la distance escomptée. Après quelques rapides nous arrivons finalement au 50/50, c’est-à-dire 50% des canoës qui passent et 50% qui chavirent. J’ai su que nous y étions arrivés, lorsque, après m’être garé pour laisser passer un jet boat, celui-ci me demande finalement de prendre le rapide. Le bateau est rempli d’une vingtaine de touristes, tous à attendre que l’on chavire pour rigoler un peu. Le conducteur a dû leur expliquer le principe. Bref, il me met au défi, donc autant vous dire que je ne vais pas laisser ce plaisir à ces touristes. Je lance le canoë, demande à Marion de pagayer le plus fort qu’elle peut, et suis un peu moins confiant devant la taille des vagues devant nous mais décide de garder le cap des grosses vagues sans sortir du rapide plus tôt. Marion pagaie ce qu’elle peut en se protégeant donc autant dire pas grand chose pour aider le canoë à prendre les vagues de manière adéquate, je mets tout ce que je peux dans les coups de pagaies, et à la sortie nous sommes passés. Les touristes sont bons joueurs et cela nous vaut de beaux applaudissements ! Ce qu’ils ne voient pas, c’est que le canoë est rempli d’eau. Finalement, nous avons davantage failli nous renverser en cherchant à regagner la berge avec le canoë plein d’eau plutôt que dans le rapide. Mais bon les touristes étaient repartis, ça aurait été simplement marrant de chavirer une fois l’obstacle passé. Le temps d’écoper, de nouveaux canoës se présentent et je m’avance pour filmer la scène. Je veux être sûr que ce rapide porte bien son nom! Et voilà le résultat en vidéo

La suite de la journée, j’ai le regard tourné vers l’objectif de la hut et pousse Marion pour ne faire des arrêts que toutes les 2h. Elle tient à peu près le coup. Et nous arrivons à 18h20 à la hut. Deux canoës sont présents. Il me semble reconnaître le kayak d’un Allemand qui avait pris de l’avance hier. Le canoë m’est inconnu mais je me dis que ça pourrait être drôle de retrouver le couple d’Italien de 56 ans avec qui j’avais passé les fêtes de Noël, parti une journée avant nous en canoë. Nous voyons au loin que la cheminée est allumée et au moment de pousser la porte, je tombe sur qui, l’Allemand et le couple d’Italien ! Nous nous saluons chaleureusement. Autant vous dire qu’ils ne s’attendaient pas à nous voir ici ce soir !

Ils attendent de savoir quel a été notre parcours parce qu’ils ont l’air d’avoir pas mal souffert sur le canoë ! Nous passons un premier de l’an très sympa mais bref. À la mode marcheur.

Ce sont des vrais donc malgré la bouteille de vin que Marion a apportée, les 3 se couchent à 20h45. Le temps de boire un ou deux verres avec Marion, nous finissons pour notre part à une heure très raisonnable : 21h45! Ça c’est du réveillon ! Mais la cheminée était là comme pour rappeler l’hiver européen ! Nous sommes 5 pour 5 places, le compte est bon, plutôt chanceux donc, puisque nous sommes arrivés en dernier !

Lundi 1 Janvier (44km Downes Hut – Whanganui)
Au pays des marcheurs, la rigueur est stricte, même un 1er Janvier le réveil sonne à 5h30 ce matin. Ce que je ne vous ai pas dit c’est que les 5 lits sont côte à côte. Et bien sûr je suis juste à côté du réveil des italiens… Bon du coup pas le choix quand le 2eme réveil, celui de l’Allemand, sonne 15 mn après. On ne peut pas dire que tu sois dans un espace infini dans ces huts, puisque la table pour manger est au pied des lits. Aussi, impossible de passer à côté des réchauds qui crépitent fort pour chauffer l’eau, des fermetures éclair qui s’ouvrent, se ferment, puis se ré-ouvrent. Mais c’est sympa aussi de profiter des premiers rayons de soleil. La journée appartient aux gens qui se lèvent tôt ! Surtout un 1er janvier sur le Te Araroa !


Aujourd’hui, ce n’est pas la section la plus intéressante puisque tous les rapides sont passés. En se rapprochant de l’embouchure, la rivière s’élargit, le courant diminue, le vent s’endurcit, et tu sais que tes bras vont passer une longue journée. Il faut le prendre avec philosophie. Tout ne peut pas être toujours magnifique, hors normes et excitant dans la vie! Et puis, de manière à garder un minimum d’attention et de force dans la pagaie de Marion, je lui ai fixé des objectifs plus limités, qui segmentent sa journée et me permettent de la pousser sur des objectifs atteignables dans sa tête ! C’est fou de quelle manière la distance joue sur le mental. Lorsque tu annonces une journée à 61 km puis 44 km tu reçois une tête avec une bonne grimace. Et puis lorsque tu fixes une pause toutes les 2h, dans ce cas les bras grattent, mais tout de suite ça paraît plus atteignable et tu arrives au moins à obtenir des résultats réguliers dans l’effort. Le long du TA aussi finalement, il faut au-delà de se manager soi-même, manager d’autres personnes… 😀

Nous arrivons au Holiday Park de Whanganui à 15h. Cela me laisse le temps d’aller en centre ville pour constater que tout est fermé, y compris le lendemain, mardi 2 janvier, congé national en NZ. J’ai au moins pu repérer un magasin ressemblant à un cordonnier. Il faudra donc que j’attende mercredi pour essayer de repartir en espérant que la réparation ne prendra pas trop de temps. Le temps pour moi de me reposer avant les derniers 330 km de l’île du Nord. Pas mal de sections routières, de villes avec Wellington et sa banlieue à faire, et 140 km dans la dernière forêt : Tararua.

La parenthèse aquatique est donc maintenant derrière moi mais a elle aussi laissée de très bons souvenirs que ce soit dans la tête ou dans les bras… 😀

20 commentaires sur “La parenthèse aquatique”

  1. Bonne année et meilleurs vœux jeune, tu vas revenir golgote avec les m3 d’eau poussés ^^. Je vois que les fêtes ont été courte mais intense et c’est plutôt cool.
    Biz et bonne route, on est avec toi

  2. Coucou Amoo !!! Très belle année à toi et qu’elle soit remplie de belles rencontres, et de beaux paysages !!!!!!!! =)
    Tes textes et photos me font rêver de mon chez moi lyonnais où le ciel gris persiste !

    Continue autant à profiter !!!
    Mathilde

  3. Je vois au moins deux intérêts à ton intermède aquatique:
    1 – cela t’a permis de reposer tes jambes
    2 – tu as musclé tes bras
    Je trouve que c’est un bon compromis.
    J’ai adoré ton réveillon 1er de l’An. Pour un marcheur, je crois que tu as fait le maximum et que, plus, ça aurait été trop.
    Bonne suite

  4. Bonne Année Amo, et surtout que tout ton périple t’apporte toujours autant de satisfaction.
    Evidemment ton réveillon était celui d’un vrai « baroudeur », qui t’a certainement
    fait repenser avec nostalgie, aux précédents, mais tout est appréciable si on veut l’apprécier.
    Merci pour tes vidéos. BISOUS

  5. Je pense que ta prépa au canoë dans les rapides vendéen en avril dernier ton bien aidé !!! Continue comme ça, nous on adore. À plus . Mathieu

  6. Tu es un grand guerrier organisé. Admirable de voir que chaque défit est un plaisir pour toi. Continue ton périple, qu’on connaisse la suite. Toujours hâte de te lire. Et oui, ton jour de l’an sera mémorable c’est certain! Tu te reprendras, y en aura d’autres.
    Bisous et bonne année 2018! Louise

  7. Bonne et heureuse année Amaury! Je vois que tu profites pleinement de ton périple et tu sembles tellement heureux malgré les embûches! Tu m’impressionnes beaucoup!❤️❤️❤️

  8. Bonjour Amaury
    C’est avec beaucoup d’intérêt que nous suivons ta progression sur le TA, et bravo pour le site internet.
    Le récit que tu en fais est vivant, avec les photos et videos, et passionnant parce que bien écrit, pour nous c’est comme si on suivait un feuilleton.
    Les paysages sont variés et magnifiques, les rencontres sont enrichissantes, le recul par rapport à la « civilisation » et le monde formaté dans lequel nous vivons, les réflexions sur soi même qui en découlent… tout ceci fait que, je pense, tu vis là des moments inoubliables.
    Nous te souhaitons une bonne année 2018 pleines d’aventures, de rencontres et d’enrichissements personnel.
    Nous nous joignons à Nicolas pour le défi de la photo du Kakapo afin de partager un bon aligot en Aveyron.
    Bonne continuation!

    1. Merci Beaucoup!! Avec plaisir, pour le défi, ça y est je vais gagner l’île du Sud demain, certainement le meilleur endroit pour avoir la chance d’en voir! Je vous transmettrai la photo/vidéo… Si j’ai la chance d’en croiser 😀 Une très bonne année 2018 à vous aussi!! Et au plaisir effectivement de venir déguster un bon aligot aveyronnais !!

  9. Très bonne année Amaury,
    On se rend compte déjà que ce périple va t’apporter tellement d’enrichissement ( symbiose avec la nature , tellement de rencontres) même s’il doit y avoir Des moments bien difficile parfois!!!
    C’est fantastique de pouvoir te suivre dans cette merveilleuse aventure !
    Philipe trouve que c’est rigolo car il lui semble que tu écris comme les explorateurs du début du XXe siècle (va savoir ce qu’il veut dire),mais c’est plutôt un compliment !
    Quant à moi je suis pleine d’admiration!
    Bravo pour ton courage.
    Donc plein de bonnes choses pour 2018 et merci de nous les faire partager.
    Nous t’embrassons bien fort et pensons bien à toi.
    Bises
    Les Mader

    1. Une très bonne année 2018 à toute la famille!! Merci beaucoup pour ce mot! Je le prends comme un vrai compliment, certainement que je le vis comme les premiers explorateurs en terme de ressenti parce que c’est une première pour moi et ça se retranscrit dans l’écriture. Pour le reste j’ai beaucoup beaucoup moins de mérite que nos premiers explorateurs 😉 J’espère pouvoir continuer à vous faire passer cela en tant cas! Des bisous à toute la famille et une grosse pensée à vous de Wellington 😉

  10. Après un bon petit repas chez Evelyne, on te fait un petit coucou Amo pour te dire que l’on pense à Toi avec admiration

  11. Je vois que tu as déjà fait un sacré bout !
    Tu me vends totalement du rêve là ! Je suis tranquillement ton périple à travers mon écran (tout en pensant à mon prochain voyage !) Et dire que j’ai failli aller en NZ en février 😉 (on aurait pu se rejoindre :D)

    Continue comme ça, tu gères 😉
    Des bises

    Lilian

  12. Continue Amo de nous faire partager tes émotions chaque fois que tu le pourras. C’est un régal. Pas facile d’être à jour dans la lecture en étant sur patins à roulettes !!! mais l’avantage c’est que cela permet de te livrer en cascade vers où s’envolent les pensées, à l’occasion des différents épisodes.
    *Le levé de soleil au sommet du Tongariro. « Soleil, ton apparition est belle à l’horizon du ciel. Oh soleil vivant qui a été créé le 1er, tu es beau et grand. Tes rayons entourent les Pays autant que tu en as créé…..Quand tu te lèves à l’horizon, tu dissipes l’obscurité. Les Pays sont joyeux, les Hommes s’éveillent et se tiennent sur leurs pieds….Les arbres et les plantes verdissent. Les oiseaux quittent leur nids et leurs ailes te louent. Les animaux bondissent sur leurs pattes…..Tu fais les saisons pour conserver tout ce que tu as créé. On vit grâce à toi.;.. Lorsque tu te couches, la Terre est dans l’obscurité, comme si elle était morte » Hymne au soleil qui date de l’Egypte ancienne. Alors:  » lève toi Soleil, astre pur et charmant, fais pâlir les Etoiles qui dans l’azur sans voiles brillent au firmament » « Roméo et Juliette » de Gounot.
    *Ton orange de Noël : l’aphorisme préféré de ta Grand-Mère: « le trop n’est pas bien »
    *Ta parenthèse aquatique : « Il voyage plus vite celui qui voyage seul » Kipling.
    A la veille de ton passage sur l’île du Sud et puisque l’image et le son risquent d’être coupés pendant quelques temps, continue à capturer ces instants magiques pour nous les faire partager plus tard. Ensuite,espérons que les grands espaces naturels et l’éloignement de la civilisation te laisseront un peu de temps et d’énergie pour la lecture de fondamentaux Galfard, Harari, Ameisen, qui à cet endroit et à ce moment précis, prendront un relief puissance 10, c’est certain. Vis pleinement, profite prudemment, on reste à tes côtés, heureux de t’accompagner par la pensée dans l’accomplissement de tes rêves.

    1. Ai, tu m’as mis à l’amende dans l’écriture je crois… 😀 Je vais tenter de m’en inspirer et de voir si je peux commencer ces bouquins dans ces montagnes qui devraient me fatiguer un peu pour le soir je pense 😀!! Merci, pour toute l’énergie transmise et d’avoir toujours su jouer votre rôle de parents à la perfection ! Non un rêve, qui reste imaginaire, une expérience de vie est plus appropriée 😉

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