Cap des 1000km – derniers pas sur l’île du Nord

 

 

Whanganui – Torarua Forest (111 km)

Mercredi 3 Janvier (35 km)
Après un jour de repos pour cause de fermeture des magasins, j’espère bien pouvoir repartir aujourd’hui. Je suis déposé dans la ville par le gérant et vais directement voir le cordonnier repéré lundi après avoir terminé le canoë. En 2 minutes il ébranle tous mes espoirs. Il ne peut rien faire pour rectifier le pli de la chaussure gauche. J’insiste en lui indiquant qu’il peut même le découper. Réponse : « NO, I can’t do that » avec un sourire me disant d’arrêter d’insister. En sortant j’hésite à les couper moi-même et me résigne finalement à les envoyer à un couple de Néo-zélandais rencontré le long de Ninety Miles Beach, afin qu’ils les conservent le temps que je finisse le Te Araroa. Je retenterai en Amérique du Nord et sinon en Europe. Je fonce donc droit vers les deux magasins de chaussures repérés. Il n’y a pas grand choix. J’achète des chaussures de trail légères et pas chères. J’en reprendrai à Wellington où j’aurai plus de choix. Je sais que celles-ci ne feront pas les 1600 km qui me séparent de Bluff. À la sortie, j’envoie mes deux colis. Le premier contenant les chaussures accompagnées d’une grosse plaque de chocolat noir, seule chose que j’ai sous la main pour faire office de petit cadeau d’appoint pour les remercier. Je pense à une bonne bouteille quand je passerai chercher mes chaussures. Le second contient 1,5 kg d’affaires que j’envoie à la poste de Wellington pour m’alléger encore. Cela m’amène à un sac à dos 5 kg moins lourd que celui avec lequel je suis parti du Cap Reinga. En investissant dans d’autres matériels, j’aurais pu encore gagner au moins 1,5 kg. Simplement pour dire à quel point je suis parti trop lourd! On a du mal à s’en rendre compte au départ d’une telle aventure, avec toutes les sécurités et sur-sécurités que l’on se met. À ce moment, j’ai l’impression d’être un bon reflet d’une société aseptisée, dominée par la peur. Ça donne quoi? Le fait de partir avec 10 fois plus que ce dont tu as vraiment besoin. Alors que ces sécurités doivent répondre à des situations d’urgence. Donc exceptionnelles. Plutôt que de multiplier les affaires, il faut simplement savoir si tu n’as pas déjà ce qu’il faut pour y répondre. Sur le principe c’est facile, mais ton cerveau n’est pas programmé comme cela. Il veut que tu aies le matériel parfaitement adapté à la situation, sinon tu ne t’en sortiras pas. Prenons des cas extrêmes de froid, de pluie et/ou de vent (je ne parle pas des pôles ou d’une très haute altitude). Sur le haut du corps, ok pour transporter doudoune et Gore tex. Mais en bas, un short est suffisant. Pendant que tu marches tu n’auras pas froid aux jambes si le haut est couvert. Et puis ta peau sèche bien plus vite que des vêtements, les chaussures et chaussettes légères aussi. Ok mais si tu as besoin de t’arrêter ? Et bien sors ton duvet et met le autour des jambes. Et s’il pleut en plus? Et bien sors ton toit de tente et met le autour de toi. Ou tout simplement, ne t’arrête pas et continue de marcher jusqu’à retrouver de meilleures conditions.

Mais ne t’inquiètes pas, la longueur du chemin t’apprend rapidement à répondre différemment aux mêmes risques. Il t’impose implacablement et avec un vice qui n’a d’égal que ton orgueil de sportif, bien habitué à cette sur-protection, kilomètre après kilomètre, que ton corps a bien des limites. Il n’est pas dur quand tu n’utilises que la moitié des affaires que tu as 90% du temps de savoir où couper. Idem avec la trousse à pharmacie surfaite et deux trois babioles que tu transportes pour rien depuis le début.
Bref tout cela pour te dire qu’à la question « et si j’en ai besoin », regarde déjà ce que tu as pour savoir si cela peut y répondre en cas d’urgences. Et divise par deux ce que tu penses bon au départ pour obtenir à peu près ce qu’il te faut vraiment. Te voilà donc bienvenue dans la vrai vie en nature!

Il est 11h30 quand je sors de la poste et reviens en stop jusqu’au camping 5 km plus en amont du tracé, pour repartir ainsi de mon point d’arrivée en canoë. Vu l’heure, je mange au bord du camping et me lance à fond sur le chemin. Il est 12h45, et je souhaite rejoindre une place pour camper 35 kms plus loin. Au bout d’un kilomètre, je me rends compte que les chaussures n’ont pas une foulée universelle mais pronatrice. « Et merde », j’ai oublié de poser la question et ce n’est pas quelque chose que tu sens sur 50 m dans un magasin. Grosso-modo, ton pied au lieu d’être à plat rentre vers l’intérieur. Comme le sentier passe en ville je repasse au magasin au bout des 5 kms et comme je m’y attendais, ils ne veulent pas me les reprendre, malgré mon insistance et agacement. Heureusement, avant d’envoyer mes grosses chaussures par la poste, j’avais retiré les semelles pour les garder avec moi. En sortant du magasin, je les glisse dans les chaussures. Ce n’est pas parfait mais beaucoup, beaucoup mieux. Je vais continuer comme ça. Une autre bonne raison de les changer à Wellington. J’enchaîne les 35 kms de route. Vraiment pas intéressant comme journée si ce n’est le campement sur lequel j’arrive à 19h.  5 TA hikers ont déjà planté leurs tentes (dont le couple d’italien que je retrouve). Je me dépêche de mettre la mienne et de manger, le coucher de soleil s’annonce plutôt sympa avec les nuages qu’il y a. Pendant que je déguste la pizza chauffée la veille, un local nous amène du poisson fraîchement pêché et cuisiné. Une fois de plus la générosité Néo-zélandaise est à l’honneur. C’est impressionnant le bien que ça fait ! Je leur ramène les plats avec un Québécois, le temps de discuter 5mn avec lui, et sa femme nous sort un bol de dessert : le Pavlova (dessert Néo-zélandais de meringue chantilly et coulis de fruits de la passion dessus). Et là tu te dis mais je suis où ? Ici, les gens viennent naturellement vers toi, et ils en rajoutent encore une couche. Je pense qu’ils ont tout compris à la phrase : « donner, c’est recevoir ». Et pour nous, c’est comme si nous avions mangé dans un 4 étoiles ce soir! Ces petites choses sont énormes lorsque tu vis dehors et font encore plus résonner l’importance d’aller vers les autres, ne pas s’enfermer dans son petit monde de peur que l’autre soit mauvais! Nous n’avions rien d’autre à leur offrir que nos sourires et nos remerciements et en voyant les visages éclairés et joyeux de cette famille, je me dis qu’ils ont tout compris!

Il me reste donc à peine la place pour manger mon muffin chocolat devant le coucher de soleil en bord de mer. Un luxe sur le trajet!

Et ce soir encore, nous sommes gâtés par les paysages qui nous entourent. Ce soir je n’ai pas besoin d’aller au théâtre, à un concert ou au bar pour me distraire. Le spectacle orchestré par notre étoile est bien rodé.

Tout d’abord, le public, constitué de 3 personnes, a été surclassé en VIP ce soir, avec troncs d’arbres lissés pour faire office de strapontins. Pour donner de la résonance et du timbre à ses organes, la salle a été parsemée de nuages placés légèrement au-dessus de la ligne d’horizon.

Et puis finalement, le cœur de l’orchestre enchaîne les partitions tantôt jaunes, tantôt oranges, tantôt rosées à l’avancée du spectacle.

Il n’en faut pas plus pour oublier toutes les difficultés d’une longue journée. Et finalement, comme pour signaler la fin du spectacle, les derniers rayons laissent place à une pluie fine sonnant l’heure du repos, demain sera une longue journée.

Jeudi 4 janvier (40,5km)
Réveil à 5h45 par les autres. Comme il ne pleut pas et que la journée va être longue, tu t’extrais de l’enveloppe thermoprotectrice de ton duvet non sans effort mais comme les prévisions météo ne sont pas en notre faveur plier la tente au sec est un confort que tu ne saurais laisser passer. Les premiers kilomètres se font en bord de plage dans un décor détonnant et chaotique (la preuve en image). Mais son originalité en fait tout son intérêt. De loin, il te semble voir une multitude de squelettes d’animaux imposants type baleine ou éléphant et de plus près un cimetière de navires échoués dans des temps anciens. En réalité le secteur draine l’ensemble des troncs morts rejetés par les cours d’eau forestiers. Il n’en faut pas moins pour bien commencer la journée. Heureusement, parce qu’après cela c’est 30 km de route. Il faut être patient, appréhender ces passages par étapes, chercher à trouver de l’intérêt autour. Mais c’est difficile entre les voitures et le mal de pied. Forcément tout se combine : changement de type de chaussures (de Boots je suis passé à des trails où tu as l’impression de sentir chaque relief sous ton pied), première utilisation et bitume qui te chauffe les pieds. La bière à 10 km de l’arrivée est salvatrice. Et puis ça aurait pu être bien pire. J’ai eu l’impression de jouer avec les gros nuages toute la journée et lorsqu’il se met à pleuvoir à petites gouttes à 2 km de l’arrivée je force le pas. Juste le temps de me mettre à l’abri dans les toilettes et un rideau d’eau se met à tomber. Je l’ai échappé belle. Le terrain appartient à un Bed and Breakfast qui le met à disposition pour camper avec donc les sanitaires où je me trouve. Comme il n’y a pas de douche et personne d’autre autour, je me dépêche de retirer toutes mes affaires, et sors sous le rideau d’eau qui fera office de douche ce soir. Le temps de m’habiller et d’attendre une petite accalmie et le propriétaire s’approche pour me proposer d’aller sous une avant-cour couverte disposant de l’eau. Quoi de mieux, je n’ai qu’à monter la chambre de la tente et je suis donc finalement au sec ce soir. Mais j’ai été très chanceux de ne pas prendre la pluie qui ne va pas cesser de tomber de la nuit. 😀

Vendredi 5 janvier (35km)
À 5h30 ce matin il semble que le ciel s’est bien dégagé et a même laissé la place au soleil. Du moins pour le moment. Aujourd’hui ce n’est que de la route pour rejoindre Palmerston North. À 10h, un peu confiants, nous nous retrouvons à 4 TA hikers dans un coffeeshop sur une ville intermédiaire et nous prenons une bonne heure et demie pour déguster café, chocolat chaud et gâteaux. Au moment de repartir le ciel s’est assombri. À 11h il se met à pleuvoir et cela ne s’arrêtera pas de la journée. Plutôt sympa en bordure des routes passantes avec des voitures et camions lancés à 100 km/h. Au passage des camions, tu fais 3m de côté et tu te tournes pour ne pas recevoir la fine brumisation offerte gratuitement. Notre chance est que nous nous sommes dit avec les 3 autres TA Hikers que nous partagerons un dortoir ce soir. Pas besoin de monter la tente donc… enfin s’il reste de la place à l’arrivée. Après avoir ravitaillé pour la traversée complète de la forêt, j’arrive au Holiday Park. Coup de bol, je réserve le dernier dortoir disponible! Nous serons donc encore au sec ce soir, pas si mal quand tu es complètement trempé pour tout faire sécher.


Tararua Forest (140km – environ 5000D+ et 5000D-)

Samedi 6 Janvier (30km – 600 D+ / 500D-)
Ce matin encore nous partons sans pluie. Nous sommes vraiment chanceux, ils annoncent 3 jours d’accalmie. Et la forêt à venir est réputée pour ses précipitations extrêmes. Je vais essayer de faire les sommets les plus élevés dans cette fenêtre. Ils se trouvent entre 80 et 100 km devant.
Après 5 km enfin, je quitte les routes passantes, pour un petit chemin qui s’élève sur les quartiers chics de la ville. Il est bon de reprendre un peu de hauteur et de retrouver quelques points de vue plus globaux.

Aujourd’hui, j’alterne une succession de montées et descentes, essaye de trouver un peu de sensations sur les pieds toujours un peu douloureux et fait des pauses régulières pour reposer le corps des 8 jours d’autonomie qu’il a sur les épaules. La journée est restée couverte et je m’arrête à 16h pour me reposer et écrire. Demain je ferai une journée un peu plus importante et je prévois la grosse journée selon la météo, donc dans deux jours. Le temps pour moi de bien manger et d’alléger le sac à dos.

Dimanche 7 Janvier (39 km – 900m D+/1000m D-)
En me levant ce matin, j’ai vraiment la forme. Je décolle à 6h20, et pénètre directement dans la forêt. Les sensations sont bonnes et je suis presque à un rythme marche-course dans la descente. Je garde les jambes pliées pour que les genoux ne tapent pas de trop. Les cuisses chauffent, mais j’avance à un bon rythme. J’arrive au premier petit sommet pour manger, lequel me permet d’apprécier une vue sympa.

Je prends une bonne heure, puis repars. Le timing est serré pour traverser les sommets les plus hauts de cette forêt à 1460m. L’après-midi, je continue de garder ce bon rythme et arrive au pied de la première réelle ascension. Une « hut » (sorte de cabane refuge) se trouve 900m plus haut et 8,4 km plus loin. J’ai déjà fait 39 km et du dénivelé aujourd’hui. Il est 17h30, alors lorsque je vois 6h pour la hut, je décide de m’arrêter sur le petit spot de camping.

Je ne le sais pas encore, mais je vais apprendre le lendemain que je peux diviser leur temps presque par 2. Si j’avais poussé ce soir j’aurais pu terminer la forêt deux jours après évitant la grosse pluie de mercredi. Mais en attendant, je profite de la rivière pour prendre une bonne douche. L’eau devient presque bonne maintenant, même à 12°, j’y passe 10 mn. Et puis c’est vraiment bon pour ma récupération.

Je me prépare ensuite pour la journée du lendemain qui s’annonce intense en dénivelé !

Lundi 8 janvier (22 km – 2000m D+ / 1100m D-)
Ce matin, je pars à 6h30, et le sentier s’élève au bout de 10m droit devant. Le sommet est annoncé en 4h. J’essaye de me mettre au pas montagnard, lent et régulier (mais quand même un peu rapide parce que j’ai une grosse journée) 😉. Pendant l’ascension, le brouillard se retire et laisse place à un beau ciel bleu que j’aperçois à travers les arbres. Après deux heures, j’arrive au sommet, puis une heure après à la hut. Je viens de faire environ 900D+, il est 9h30 et je prends un break pour me ravitailler en eau et me redonner un peu d’énergie. Le sommet aujourd’hui est encore 530m plus haut. Il me faudra deux heures de plus. Ils ne connaissent pas les montées en zigzag ici. Le chemin monte droit, et est souvent recouvert par les herbes de telle sorte que tu ne vois pas où tu mets les pieds (petit aperçu en image). Au sommet je suis trempé (de sueur) et prends mon repas devant un super paysage à 360°.

La récompense encore de tous ces efforts. C’est ce que j’aime en montagne, la rigueur des efforts récompensés au bout par une superbe vue. À ce moment-là, tu oublies tous les efforts que tu as dû fournir, tu n’as plus qu’à apprécier le moment présent. Être dans l’instant présent est quelque chose que l’on a du mal à faire dans notre vie de tous les jours. Tu planifies et pense trop souvent soit à ce qui s’en vient, soit à ce que tu as oublié de faire. Autant de moments où tu ne vis pas le présent.
L’après-midi, je longe les crêtes. Ça devait descendre mais tu ne fais que descendre pour remonter. Tu passes sur tous les sommets de la descente. Le chemin pourrait les contourner, mais se fait au contraire un malin plaisir à te voir galérer remonter à chaque sommet après t’avoir fait descendre. À 17h45, j’arrive au-dessus d’un des deux objectifs que je m’étais fixé aujourd’hui. Le second est annoncé 5h30 plus loin avec 400m D+ et 1200m D-. Je n’ai plus d’énergie pour pousser et décide donc de m’arrêter là. Le chemin est encore long, je viens de passer 9h30 à marcher avec mon sac de 15-20kg et n’ai pas envie de me blesser ici. D’autant que je dispose d’un point de vue exceptionnel ici. Un petit tour d’horizon en image. Je vais donc apprécier le coucher de soleil à 1200m dans une petite hut. Pas de photos désolé, celui là était juste pour moi… il faut aussi apprécier sans photographier.

Mardi 9 janvier (18 km – 500 D+/1400 D-)
Je voulais peut-être terminer la forêt aujourd’hui. Par beau temps, ça l’aurait fait, mais avec le vent et la pluie tu as envie de t’arrêter au sec quand c’est possible. La première hut est trop proche à 9 km après l’ascension du dernier sommet et surtout de la première grosse descente qui suit. La deuxième est juste avant le dernier relief à traverser.
Je commence donc la journée sous la bruine dès la sortie de la hut à 6h35. Les premiers pas longent les crêtes en direction du sommet sous un vent qui remonte de la vallée et arrive à pleine puissance lorsque la route ne lui est plus barrée (petit aperçu en image). Si tu es content quand tu l’as de dos, de côté, il faut t’accrocher pour avancer. Comme j’ai la tête dans les nuages, je ne m’attarde pas au sommet et force le pas pour atteindre la limite des arbres, protection naturelle contre le vent et la pluie.

Et là, nouvelle agréable surprise du TA. Ce n’est pas la forêt classique. Tu pénètres dans une forêt mystique, jonchée de mousse des racines à la cime des arbres.

Le tout t’offre un décor mystérieux, enchanté et magique. Tu t’attends à trouver un magicien dans sa petite cabane à tout moment.

Je ne sens plus la pluie. Le plaisir de la marche est à son maximum. L’humus et la mousse viennent, au-delà d’embellir le décor, amortir tes foulées. Je pourrais presque courir ici. Puis s’ensuit un sentier dans une forêt plus habituelle avec quelques passages de ponts au-dessus des rivières. À 15h j’ai terminé la journée et décide de ne pas pousser pour terminer la forêt. Malgré le mauvais temps de demain, je suis trempé et veux m’installer au sec ce soir. J’ai toute l’après-midi à côté du feu pour profiter de ce moment pour lire et écrire. Je viens de faire une grosse semaine entre distance et dénivelé et il est bon de finir tôt en journée aussi, surtout sous la pluie.

Mercredi 10 janvier (30 km – 800 D+ / 800 D-)
Ce matin dans la hut, il flotte comme une ambiance de dimanche hivernal. Je me réveille par alternance, une première fois à 6h00, puis 6h35 puis 7h15. À chaque fois j’entends la pluie à travers la fenêtre et jette un coup d’œil aux autres TA Hikers pour savoir si ça bouge. Tout le monde semble être empli du même symptôme, celui du dimanche pluvieux, où tu souhaites repousser l’échéance et refuser tout effort. Le confort de ton lit a, cette nuit, tissé des lianes presque indestructibles autour de toi. Il semble bien que ce sentiment soit international parce que les 4 autres TA Hikers restent également couchés et les premiers mouvements ne font leur apparition qu’à 7h20. Oui tôt pour une ambiance de dimanche matin, mais tard dans le monde des marcheurs. Et puis, nous sommes mercredi, il n’est pas prévu que le temps s’améliore et les sommets les plus hauts sont passés. Plus que tout autre, ce matin est donc une réelle épreuve dès l’extraction de mon duvet. Tu sais que tu seras trempé dans les 5 minutes dès lors que tu auras franchi la porte. Je prends mon petit déjeuner lentement, très lentement. Tu espères toujours qu’une fenêtre salvatrice, sans pluie, apparaisse et te laisse tranquille quelques heures. Alors après ton petit déjeuner, tu prends, plus que d’habitude, le temps de t’étirer, d’ordonner avec précision tes affaires dans ton sac. Mais cette fois-ci, je dois bien m’y résoudre, aucune accalmie n’est apparue et c’est bien sous la pluie que je vais passer la journée. Je décide donc de faire 30 km pour éviter de monter la tente et être au sec ce soir. En tâtant la température extérieure, je me rends compte qu’il ne fait par contre pas si froid, un bon point pour évoluer léger en vêtements. Il me reste, après 3 km de chemin, à passer un petit relief avec 800m de dénivelé positif et négatif. Mouillé pour mouiller, je décide donc de partir en short et torse nu. Pour une fois, c’est un vrai chemin que je suis dans la forêt ; pas de gros pièges. Je me console donc des grosses gouttes qui s’abattent inlassablement sur moi par le réconfort d’un chemin agréable. Dans la montée, en sentant parfois le vent plus frais sur ma peau mouillée, je pense à cette tribu indienne de Patagonie qui vivait complètement nue, dans cet environnement réputé comme le plus froid et humide en même temps de la planète.

Cette tribu a été décimée le jour où les colons sont arrivés et ont voulu les habiller. Pourquoi? Car les vêtements mouillés dans le vent sont bien plus froids et te rendent facilement malade. Aujourd’hui, à part quelques vêtements légers (chaussettes, chaussures et maillot de bain), je me sens donc presque comme un Indien de Patagonie (dans une température tout de même plus confortable que la leur). Quelques images de ces moments. Lorsque je couperai mon effort, je me revêtirai d’habits secs, sous ma Gore Tex.
Ce n’est pas une surprise, le point de vue en arrivant au sommet à 850m se limite à quelques mètres. Juste le temps de prendre une petite barre, pour ne pas trop me refroidir et je me lance dans la descente. Au bout de 4h, je sors de la forêt, la dernière de l’île du Nord. Mes jambes sont en forme, et prêtes pour gambader les 1300 km montagneux de l’île du Sud. Je parcours rapidement les 15 km restant sur la route et j’arrive à 15h au Holiday Park, où l’on a décidé de prendre une cabine dortoirs avec un autre TA Hiker Néo-zélandais. Ce soir, je peux prendre une douche chaude, la première depuis vendredi dernier. Je sais que je suis passé par la bonne fenêtre dans la forêt, et ai dû produire pas mal d’efforts pour cela. Il ne me reste plus que 75km jusqu’à Wellington que je souhaiterais pouvoir faire en 2 jours pour profiter un peu de la ville.

Jeudi 11 Janvier (45km – 300m D+ / 300mD-)
Aujourd’hui, le temps reste couvert et menaçant, mais il ne pleut pas à mon départ. Je sens que je suis fatigué et prends donc le temps pour avancer. Je m’attendais à beaucoup de route et bonne surprise, je longe tantôt un estuaire, tantôt la plage, tantôt une corniche à flanc de falaise.

Je prends aujourd’hui de gros breaks, 40mn dans la matinée, le temps d’échanger avec une famille Néo-zélandaise, intriguée par mon gros sac à dos, puis une heure et demie à midi pour manger et faire une sieste. Ça tombe bien, il se mettait à pleuvoir. Lorsque les portions de route s’allongent, je sens peu à peu une ampoule naître sous le pied. Elle finit par vraiment être violente à l’arrivée au camping au 45ème km. J’ai profité d’être en ville pour passer acheter des fruits frais. Je sens que j’ai besoin de vitamines, et je me console le soir avec une grosse salade de fruits. En espérant que la nuit soit salvatrice pour l’ampoule.

Vendredi 12 Janvier (30km – 700 D+ / 700D-)
Après une nouvelle salade de fruits ce matin, je place des coussinets sous les pieds que j’avais acheté après les plages de Ninety Miles Beach, pour amortir un peu la douleur de l’ampoule. Il faut un peu serrer les dents parfois pour avancer! Mais une fois de plus, la douleur est compensée par ce qui m’entoure.

Car l’arrivée sur Wellington se fait par des collines, tu es presque à la campagne jusqu’au bout. Le temps reste couvert mais une fois de plus je passe à travers les gouttes.

Et quelques beaux points de vue s’offrent à moi lorsque le vent arrive à chasser les nuages. Je mange ce midi sur les hauteurs de la baie de Wellington. La descente vers la ville se fait comme d’habitude avec d’innombrables remontées, mais présente l’avantage de faire arriver aux portes du centre-ville. Wellington est en effet entouré de collines et parcs, parfait pour échapper aux bitumes et bruits des voitures. À 15h je suis arrivé à l’auberge. Après une bonne douche, je planifie les repas pour toutes les premières autonomies de l’île du Sud. Les nouvelles seront beaucoup plus clairsemées à la vue du peu d’internet et de villes traversées. Je ne devrais traverser qu’une ville après 4 jours puis plus que des villages pour les 700 premiers kilomètres. À deux reprises, les autonomies sont de 220km avec dénivelé. J’ai planifié d’envoyer des colis sur 3 points de passage répartissant les autonomies de nourriture ainsi : 4 jours, 9 jours, 10 jours et 12 jours. En effet, je ne trouverai aucun supermarché sur près de 600 km.

Samedi 13 janvier (jour de break à Wellington)
J’ai prévu de diviser la journée en deux. Ce matin, je m’achète de nouvelles chaussures et chaussettes ainsi que toute ma nourriture pour les prochains 35 jours. J’enverrai toute cette nourriture depuis Picton sur l’île du Sud vers mes 3 points relais. Je suis content de prendre l’après-midi et le lendemain matin pour visiter un peu la ville. Je passe par le petit marché animé de la rue Cuba, vais au musée National de la Nouvelle-Zélande : musée Te Papa.

Et je n’ai pas pu résister à la petite séance cinéma devant Star Wars après le bon gros burger. Il est bon aussi de retrouver un peu de culture et divertissements simples. Cela complète encore un peu plus ce voyage et j’apprécie plus que jamais ces moments.

Dimanche 14 janvier (ferry vers l’île du Sud)
C’est un sentiment étrange qui m’anime car l’île du Sud est celle qui m’attire le plus depuis toujours. D’un certain côté tu ressens le sentiment de tout le chemin déjà accompli, et de l’autre, celui d’arriver vers des contrées plus sauvages où tu sais que tu vas vivre des aventures parfois dures et certainement souvent exceptionnelles. Ton esprit est confus entre la fin d’une très grosse étape et le début d’une nouvelle. Alors au moment où je me retrouve sur le ferry avec mes 35 jours de nourriture, je me convaincs qu’il s’agit bien d’une continuité. Ce n’est ni tout à fait la fin, ni tout à fait le début. Je profite du paysage marin et de l’arrivée sur l’île du Sud. Lorsque le navire tourne et vire dans les fjords jonchés de pins, je crois ressentir un peu certaines des émotions vécues par les premiers explorateurs.

Un mélange d’admiration, facilité par un beau ciel bleu, et d’appréhension devant le chemin et les efforts qu’il reste à accomplir. Mais qu’est ce qu’une vie sans adrénaline ? Alors je profite de ces sensations incomparables et m’offre des moments de répit bien mérités. Je vais finir de m’organiser à Picton, petite ville mignonne, où je prends mes derniers bons repas,

 

 

 

et d’où je reprendrai un petit bateau demain je pense, pour me monter au départ de l’île du Sud.

Les prochaines nouvelles risquent donc, vous l’avez compris, de n’être que dans quelques semaines. Pour paraphraser un aventurier devenu célèbre malgré lui, tout en changeant le dernier mot, comme pour signifier une fin différente, donc plus heureuse, « I now walk Into the » Bush. 😉

16 commentaires sur “Cap des 1000km – derniers pas sur l’île du Nord”

  1. Je me régale de te lire. Merci Amo. Tes vidéos permettent aussi de bien percevoir l’ambiance qui t’entoure, c’est très sympa. Ces longues autonomies qui t’attendent sont encore de beaux challenges… on pense à toi très souvent…profites bien, bisous, et à bientôt pour te lire 😀

    1. Merci cousin!! À n’en pas douter tu te régalerais là-dedans!! Merci encore pour tous vos messages, vrais booster d’énergie dans les moments plus difficiles ! J’attaque maintenant les montagnes du Sud de quoi, je pense vous captiver encore un peu 😉 des bisous à tout le monde chez toi pour moi !! La biz cousin!

  2. Coucou Amo, je viens de me régaler des photos que tu nous as « postées », c’est un régale de couleurs et je comprends que tes jambes s’allègent devant se spectacle, encore une fois merci de nous en faire profiter. Bisous, à bientôt… dès que tu pourras
    NANOU

    1. Merci tatie! C’est un grand plaisir de vous faire partager tout cela et surtout beaucoup plus simple grâce à tous vos messages et encouragements !! J’espère que ça va continuer à vous passionner ! Des bisous à toute la famille pour moi!!

  3. Cc momo, tes récits sont toujours aussi passionnant, la beauté du paysage, les merveilles de la nature qui s’offre à toi. Je n’imagine même pas les difficultés que tu traverses tellement cela paraît simple qd tu le raconte. Bravo pour ce parcours sur l’île Nord, bienvenu sur l’île Sud et vivement tes nouveaux récits
    La biz poulet

    1. Je vois que j’ai oublié le proverbe à la noix alors le voici:
      Si tu mets ceux qui brassent de l’air d’un côté et ceux qui te le pompent de l’autre, tu as la climatisation gratuite 😀

    2. Merci gros!! Je vois que tu es assidu ça fait plaisir et tous tes encouragements aussi!! Et merci pour tous ces dictons, je crois que je vais les compiler à la fin 😀 La biz l’ami!!

  4. Coucou Amo,
    quoi de mieux que de commencer cette nouvelle année avec ces merveilleux paysages qui t’entourent…
    Tu nous fais toujours autant réver. Et quel plaisir de te lire…Un réel bonheur

    Mes parents t’encouragent dans cette aventure. Qui sait, peut être que d’ici la fin de ton périple tu auras droit à un message…On va dire qu’on capte mal au Chaubier (lol)

    Bonne continuation sur l’île du Sud et plein de belles aventures pour cette nouvelle année.
    De gros bisous de nous 4

    1. Merci Marie!! Lol je me doutais que ça passais mal au Chaubier 😀 mais je sais aussi qu’ils sont derrières, merci pour ça ! Très content que vous suiviez le périple et surtout un grand merci pour tous ces encouragements qui rendent l’aventure bien plus facile! Des bisous à toute la famille pour moi!

  5. Toujours hâte de te lire, lorsque je reçois un courriel de Aventure authentique je sais que je vais passer un bon moment à visiter, sans plus d’effort! Et surtout à le vivre avec toi.
    Tu en marche une shot comme on dit au Québec….et ta détermination est incroyable. Bravo! Et le fait de te voir alléger de plus en plus ,et tes bagages et tes vêtements, me font questionner sur ce qui restera à la toute fin…non sans me faire rigoler!
    Alors go pour la poursuite de ton aventure!

    1. Ahah merci Loulou, t’inquiète je ne suis pas encore à poil!! 😉 Je retiendrai L’expression québécoise, elle est sympa!! Et du coup, je pourrai te montrer avec quoi j’ai terminé en Floride directement 😉 des bisous

  6. Toujours hâte de te lire, lorsque je reçois un courriel de Aventure authentique je sais que je vais passer un bon moment à visiter, sans plus d’effort! Et surtout à le vivre avec toi.
    Tu en marche une shot comme on dit au Québec….et ta détermination est incroyable. Bravo! Et le fait de te voir alléger de plus en plus ,et tes bagages et tes vêtements, me font questionner sur ce qui restera à la toute fin…non sans me faire rigoler!
    Alors go pour la poursuite de ton aventure!

  7. Bon ça y est, tu y es sur cette île du Sud, tu vas pouvoir affronter ces contrées sauvages et plus montagneuses. Mais nous sommes rassurés, tu nous a prouvé que tu étais un véritable TA Hiker, un baroudeur…., tes vidéos et ton carnet de voyage nous font tellement rêver !!!!! Tu nous as permis de participer à ton périple.
    Alors, à bientôt, et bon vent pour ces nouvelles aventures. Nous t’attendons avec impatience au prochain rendez-vous… ET encore MERCI.
    Bisous MM

  8. Cc la jeunesse, je viens au News en attendant ta nouvelle publication, comment vas dans l’île sud? Est-ce que c’est complètement différent du Nord?
    J’espère que tout va bien et oui tu pourras compiler ces dictons, proverbes ou phrases à la c.. ^^
    D’ailleurs, en voici une autre: une sympa, pas de quoi sauter au plafond, elle est un peu cucu j’avou
    Si tu dors et que tu rêves que tu dors, il faut que tu te réveilles deux fois pour te lever.

  9. Bon là… c’est quand même vachement long tout ce temps sans te lire… Quand on voit le tracé virtuel que tu laisses derrière toi, je comprends que tu sois un peu occupé😀. Vivement la prochaine borne wifi que toute cette accumulation de nouvelles nous arrive!!! Trop balaise mon cousin👍👏Bises

    1. Je fais ce que je peux pour le wifi mais même quand il y en a je pense qu’il est encore moins rapide que moi à pied 😀 du coup pas facile! Mais ça y est quelques news arrivent! Des bisous cousin ! Content que tu suives le tracé ! Des bisous

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