La réacclimatation



Vendredi 9 au mardi 13 Mars

Si certaines personnes préfèrent enchaîner rapidement après un tel chapitre de vie, j’ai pour ma part besoin de me poser. Il y a bien évidemment le fait d’avoir été et d’être malade, avec le besoin de se soigner, mais aussi et surtout l’envie de prendre le temps de digérer et d’imprimer cette aventure au plus profond. Après plus de 3 mois à vivre sur la route, en changeant de lieu tous les soirs, sans savoir exactement où tu vas dormir, je voulais donc un lieu apaisant, comme pour me sentir chez moi pendant quelques jours. On ne peut pas dire que ma première nuit à Bluff réponde à ce critère. Nous sommes dans une maison aménagée en auberge où les lits entassés les uns à côté des autres côtoient un enchevêtrement d’objets en tous genres, de l’escabeau aux vêtements et tissus de maison, de la panière à linge aux meubles anciens. Le tout est mélangé dans un bazar sans nom, semblant être resté en l’état depuis des années sous le regard d’une tête de cerf empaillée, gardienne d’une pièce délirante. Pour ma part, je dormirais dans une chambre à côté, sur un sommier moins tendre que le sol de la veille. Mais bon, nous sommes une bonne dizaine à pouvoir fêter l’arrivée ce soir et c’est bien là le principal. Finalement, ce lieu insolite est une bonne manière de marquer le point final de ce périple extraordinaire. Je souhaite simplement autre chose pour les prochains jours.
Le lendemain, nous ferons donc du stop avec Adrien pour revenir sur Invercargill. Éva rejoint une petite maison dont elle nous a venté l’intérêt. Nous devrons attendre le lendemain faute de place, en patientant dans une auberge classique. Finalement, samedi, lorsque nous passons le pas de la porte de cette petite maison réaménagée en auberge, il me faut 2s pour savoir que c’est ici que je vais enfin pouvoir m’arrêter quelque temps. Je m’y sens tout de suite comme à la maison, entre du confort retrouvé, de l’espace entre habitants pour conserver son espace vital et un jardin vert te permettant de lézarder au soleil. Certainement une des meilleures auberges que j’ai pu faire. J’y passerai trois jours.

Mais cela ne répond certainement pas à la question que beaucoup de gens se posent : comment vit-on ou revient-on à la vie « normale » après un tel voyage ? Je préfère mettre les guillemets, car qu’est-ce qu’une vie normale ? Disons alors plutôt, conventionnelle.
Pour ma part, et ce ne sera peut-être pas une vérité générale, je n’ai aucun souci dans ces phases de transition. Certainement que les personnes ayant fui quelque chose ou en recherche spécifique d’autre chose, ont beaucoup plus de mal. De mon côté, ce périple était un moyen d’appréhender autrement ma manière de voyager. Une expérience de vie différente de ce que je connaissais. Et d’une certaine manière aussi, un défi à relever. En résumé, toute cette aventure naît simplement de ma curiosité et de ma volonté d’apprendre toujours de nouvelles choses. Une vie routinière ne peut pas satisfaire pleinement ces souhaits. Au contraire, savoir se challenger, se remettre en question, sortir de sa zone de confort, être exigeant avec soi-même représentent selon moi les fondements d’un apprentissage continu et d’une réelle capacité à s’adapter. Cette faculté d’adaptation est très certainement ce qui me rend la transition plus douce. Je suis donc très content de retrouver certains aspects de la vie conventionnelle et n’est pas de difficulté particulière pour cela.

Je mentirais cependant si je disais qu’un tel périple en solitaire n’induit aucun bouleversement. Ces derniers résultent de l’intensité des moments vécus, des risques encourus parfois, tous ces éléments induisant un profond sentiment de vie et de liberté. Avec un peu de recul, je distinguerais deux bouleversements principaux. Le premier concerne mon regard porté sur la société. En effet, ce périple m’a ramené indéniablement à la définition du mot « essentiel ». Celui-là même que notre société s’acharne très ingénieusement à nous faire oublier pour aboutir à une consommation irraisonnée, irréfléchie et illimitée. Mon regard n’est ni plus juste, ni meilleur qu’un autre. En revanche, je suis persuadé qu’il a un recul beaucoup plus marqué que la moyenne. Tout ce temps passé à bouleverser mes habitudes, les remettre en question, observer les gens, développent cette capacité. Le second grand bouleversement est de nature psychologique. Le succès d’une telle traversée te rend très fort mentalement. En effet, ta résilience a été mise à l’épreuve à un niveau jamais atteint auparavant et c’est bien en solitaire qu’il a fallu franchir tous les obstacles. Plus grand chose de la société ne t’impressionne après cela! Il ne s’agit pas de se surestimer. Mais ton mental est devenu d’acier, tout simplement. Je compte bien conserver ces deux effets à vif, de manière à mieux m’en servir par la suite.

Mardi 13 Mars.
Aujourd’hui, je reprends la route en stop. Adrien est intéressé par mes prochaines étapes et nous reprenons donc la route à deux. Nous rejoignons Te Anau dans les Fjordlands, la région la plus pluvieuse de Nouvelle-Zélande. Nous souhaitons faire une grande randonnée à côté, une boucle de 60km. Ces grandes randonnées ou « Great walks », sont LES endroits touristiques de la rando en NZ. Chaque hut est à 65$ la nuit. Lorsqu’on se présente au DOC, j’ai à peine le temps de dire que nous souhaitons faire le Kepler track, que la personne du DOC se met directement à regarder s’il reste des places disponibles. Je l’arrête de suite en lui indiquant que nous n’avons pas l’intention de rester dans les huts. L’avantage d’un tel périple réside dans ta manière inconventionnelle d’appréhender les distances. Elle ne se doute pas non plus qu’elle est tombée sur quelqu’un qui connaît le règlement. Car tout au long de ces grandes randonnées, tu peux camper gratuitement si tu te trouves à 500m du tracé (secret bien gardé). Mais je veux savoir si nous avons une solution supplémentaire. Son sourire s’est un peu rigidifié. Alors j’insiste, et je finis par obtenir ce que je souhaitais. Elle m’indique l’existence d’une petite hut gratuite (du genre de celles que j’ai eues sur le TA tout au long de l’île du Sud). Elle se trouve à seulement 2km du tracé mais n’est étonnamment pas notée dans les papiers touristiques. Désolé, elle ne vendra pas les 3 nuits à 195$ de hut qu’elle a l’habitude de faire. Un vrai business pour le DOC ces Great walks, d’autant que le touriste ici est plutôt docile. Il ne cherche pas à remettre en question l’organisation des experts. Elle essaie une dernière fois : « vous devriez réserver au moins une nuit car la distance est trop importante ». C’est vrai, elle n’est pas négligeable (55km, 1200m D+ et D-) depuis notre camping dans un sens et 20km dans l’autre. Nous savons pour le coup que ce sont de vrais chemin. Nous n’aurons ni à chercher la route, ni à redoubler d’efforts entre boue et hautes herbes imbibées d’eau. Je termine la conversation en coupant court! La fenêtre météo nous donne une journée à peu près bonne pour le lendemain avant l’arrivée de la pluie. Nous nous préparons donc à reprendre la marche après cinq jours d’arrêt, par une grosse journée.


Mercredi 14 Mars (55km – 1200m D+ / 1200m D-)
Nous savons que la route sera longue aujourd’hui et pourtant, nous ne sonnons le départ qu’à 8h. Après avoir longé les bords du lac Te Anau, nous atteignons le départ de la randonnée.

Nous validons de suite notre pressentiment ; la Great walk est au marcheur du TA, ce que l’autoroute est à la voiture, la voie rapide par excellence. Je dois avouer qu’un peu de facilité sur le chemin est appréciable. Elle permet de profiter en continu des points de vue qui nous entourent. Et pour le coup, c’est toujours aussi beau!

À notre arrivée, à la première hut, nous découvrons le Hilton de la hut, un presqu’hotel de 65 lits, contrastant avec tout le côté rustique que nous avons connus. Un sourire en coin se dessine sur nos visages. Pas besoin de parler pour comprendre le ressenti de l’autre à la vue de cette première hut. Nous nous y habituerons, elles sont toutes sur ce format le long des Great walks.


L’existence d’un vrai chemin nous permet d’enchaîner les kilomètres. À la fin de l’ascension, nous suivons une arête longeant les fjords.

Elle offre une nouvelle fois des vues extraordinaires, d’autant que la brume et les nuages nous arrosant parfois d’un fin crachat venteux, offrent un décor digne des plus grandes tragédies. Ils donnent tantôt l’image d’un volcan fumant, puis 5 minutes plus tard , celle d’une scène de crime parfaite, lorsque l’intégralité du fjord s’est recouvert d’une brume épaisse. Entre les deux, tu pourrais t’attendre à voir apparaître dans les nuages bas, les voiles blanches gonflées des premiers explorateurs. Seuls le script et les protagonistes manquent à l’appel cet après-midi. Mais la scène elle, est propice à l’imagination. Je peux bien en profiter car Adrien, ressent une douleur sur l’avant du tibia. Une bonne manière pour moi de prendre le temps d’admirer ce théâtre naturel.

Cette journée me ramène également à la passivité intellectuelle des vacanciers. Sur la deuxième hut, nous échangeons avec un français s’embêtant un peu après une journée trop courte. Il regrette d’avoir suivi les plans du DOC. 3 nuits, 4 jours sur 60 km, c’est peu de chemin par jour. Et ça coûte cher, très cher vous l’avez compris. À croire qu’il a posé son cerveau avant de partir en vacances, il a trop donné entre-temps et est prêt à acheter le prix de son abstinence intellectuelle. L’économie basée sur la paresse et l’ignorance des gens fonctionne parfaitement je vous le garantis. Je ne comprends pas pourquoi tout le monde, et quand je dis tous, c’est tous (je peux compter sur les doigts de mes mains, le nombre de touristes croisés le long des chemins du TA), viennent s’agglomérer sur les mêmes chemins à des prix astronomiques, alors que la beauté des paysages est tout aussi remarquable et gratuite partout ailleurs. Pour les gens plus âgés d’accord, car les sentiers sont en bien meilleur état, mais pour le reste, c’est une incompréhension complète. Et en même temps, je me dis que cette attitude de la masse permet à la fois au DOC de financer tout le reste, mais aussi à nous, de profiter d’une voie complètement dépeuplée sur le TA. J’ironise intérieurement en me disant que la Nouvelle-Zélande a tout compris. Parquer l’affluence énorme des touristes sur quelques secteurs, pour laisser la place libre et la nature sauvage sur tout le reste. Dans le fond, c’est une excellente stratégie basée sur l’utilisation d’une population prévisible et docile. Encore un exemple du formalisme que la société sait imposer à tous.
Lorsque nous passons la troisième et dernière hut de la Great walk, il est 19h. Il ne nous reste que 3km avant d’atteindre la hut gratuite. Les gens sont arrivés depuis longtemps et sont à table. Alors, lorsque nous répondons à la question « d’où arrivez-vous? », et qu’ils nous voient reprendre nos sacs pour repartir un peu plus loin, ils nous prennent pour des extraterrestres. Nous finissons tranquillement la journée. C’est, vous l’avez compris, avec l’esprit tantôt contemplatif tantôt critique que je m’endors ce soir. Les jours se raccourcissent maintenant rapidement et à 20h15, la nuit est tombée.

Jeudi 15 Mars (20km)
Au réveil ce matin, les jambes ont l’air plutôt en forme comparé à la séance de la veille. Seules les chaussures non adaptées qui m’avaient permis de terminer l’île du Nord et que j’ai dû récupérer à la fin du TA, pour remplacer l’autre paire m’induisent une gêne dans les genoux. Je décide donc de faire la suite en sandales aujourd’hui. Quand je vois le chemin de la veille, il ne devrait pas y avoir de difficulté particulière. Je prends ce matin mon petit déjeuner, sur un tronc en bord de lac. Quelle chance de pouvoir profiter de tous ces moments, j’en ai pleinement conscience.

 

Nous parcourons les 20km dans la matinée avant de nous mettre au repos jusqu’au lendemain afin de laisser passer les épisodes pluvieux. J’en profite pour manger… bien manger : 1kg de yaourt, 450g de weetabix, 150g de miel, 1,5kg de fruits, 300g de lentilles-couscous, 150g de thon et 500g de salade composée, le tout dans la journée ! Apparemment, ça creuse de faire 55km…

Vendredi 16 Mars (5km, 500m D+)
Nous prenons cet après-midi la direction du Nord, pour nous diriger vers le Routeburn track, une autre Great walk. Nous avons 80 km de stop à faire pour arriver jusqu’au départ de la randonnée, départ où il est interdit de camper. Pas de quoi nous effrayer, nous ne partons du camping qu’à 15h, en direction de la sortie de la ville. Après 10 mn d’attente, une voiture se propose de nous avancer de 25 km. Tu apprends vite en stop, à ne pas laisser passer ta chance. Déposé au milieu de rien, Adrien a à peine le temps de regarder son téléphone que je fais arrêter la première voiture. Celle-là nous amènera jusqu’au départ. L’effet barbe marche bien je pense 😉. Arrivés au point de départ à 17h30, nous nous mettons donc en marche. Le soleil est déjà caché par les montagnes alentour et le froid fait son apparition fracassante. Nous avons repéré un point où nous devrions pouvoir camper à 5 km à environ 1,5 km de la Great walk. Nous planterons la tente tardivement ce soir dans un froid saisissant. Les rayons du soleil nous narguent et ne permettent de réchauffer que les hauts sommets, mais la vallée encaissée offre de belles perspectives.

Nous ne trainerons pas dehors ce soir, des températures négatives sont annoncées pour cette nuit.

Samedi 17 Mars (31 km- 700m D+ / 700m D-)
À mon réveil, la tente et les herbes alentour sont gelées. Qu’est ce que tu es bien dans la chaleur de ton duvet. J’y traînerais jusqu’à ce que les rayons du soleil atteignent le fond de la vallée, soit 10h20. Le temps de sécher la tente, nous ne décollons qu’à 11h sous un plein ciel bleu retrouvé. La journée s’annonce magnifique ! En me voyant passer, les randonneurs s’interrogent. Ils sont suréquipés et moi en short, t-shirt, sandales. J’ai l’impression de me revoir il y a 3mois et demi en les regardant et eux doivent penser, c’est qui ce farfelu barbu? Encore un qui ne connaît rien à la randonnée, en sandales, il est inconscient. Simple question : pensez vous avoir besoin d’un 4*4 vous pour aller sur l’autoroute? 😉
Le décor me ramène aujourd’hui presque dans les Alpes françaises.

Nous longeant un pan de montagne découpé par des cascades gigantesques, passons des cols aux points de vue spectaculaires, faisons la sieste devant des paysages à faire pâlir les milliardaires et terminons par une descente tout aussi belle.

Je presse le pas sur les derniers kilomètres et laisse Adrien un peu derrière afin d’essayer de trouver des personnes pouvant nous amener en stop. Il est 18h30, et je croise un papi, 5mn avant d’arriver sur le parking . Il engage lui-même la conversation. Je ne manquerais pas l’occasion d’introduire le souhait de rejoindre Glenorchy, première petite ville à 45 km de là, lorsque ce dernier m’indique qu’il s’agit de sa destination. C’est parfait, tout est accepté et lorsque Adrien arrive peu de temps après, il n’a plus qu’à monter dans la voiture. Ça c’est du stop efficace !

Encore une journée au paradis, avec un ciel parfait, en ayant vraiment pris le temps ce matin, et en ayant atteint tous les objectifs de la journée. On plante la tente dans cette petite ville entourée de montagnes. Demain, nous rejoindrons Queenstown.


Dimanche 18 Mars
Rien de spécial de prévu aujourd’hui, si ce n’est rejoindre Queenstown en stop où nous retrouverons Éva. À voir l’heure à laquelle nous partons toutes nos dernières journées, un bon air de vacances flotte dans l’atmosphère. Et à voir la réussite que cela apporte, ça donne envie de continuer. Après 5 minutes
de stop, deux Allemandes nous indiquent pouvoir nous conduire jusqu’à Queenstown après un arrêt sur l’un des sites du film « Le Seigneur des Anneaux ». Pas de soucis! Après une petite rando et 2h passées à discuter, nous décidons d’aller manger à Queenstown tous ensemble. Éva nous rejoindra au resto accompagnée de Dahn, un Canadien avec qui j’avais passé 3 jours bloqués dans la hut lors du premier gros orage de l’île du Sud. Je ne l’avais pas revu depuis. Il est parti pour deux ans de randonnées et il voyage en ultra-léger. Il ne m’avait pas rattrapé jusqu’à ce que je m’arrête 4 jours à Wanaka. Il m’était alors passé devant, avant de s’arrêter 1 semaine à Queenstown. Il vient donc de terminer son TA il y a deux jours par une étape de fou : 115 km et 23h30 de marche. Juste pour donner un aperçu du personnage ! Belle surprise en tout cas! Nous sommes donc tout un petit groupe à passer le reste de la journée ensemble. Les deux allemandes viendront dans le même camping que nous, et nous préparons un festin commun. 6 personnes, 4 nationalités différentes. C’est aussi cela la beauté de ces voyages.

Lundi à Samedi (remontée jusqu’à Picton)
Avec Adrien, nous nous sommes occupés de trouver une voiture de location à transférer entre Queenstown et Christchurch pour 2$. Nous disons au revoir aux deux allemandes le lundi matin et prenons la direction de Dunedin. Oui mais voilà, nous avons une voiture et nous allons passer juste à côté de chez Patricia, la grand-mère qui m’a accueilli chez elle durant le TA. Je demande alors à tout le monde s’ils me permettraient de passer lui poser un petit cadeau de remerciement. Bien évidemment, les trois sont ok. Après avoir acheté une bonne boîte de chocolats, nous nous arrêtons donc chez Patricia. Arrivant seul devant sa porte, un grand sourire se dessine sur son visage. Elle me propose de suite d’entrer boire un thé. Je lui indique que je suis avec 3 amis du TA. « Et bien propose leur de boire le thé! ». C’est reparti, nous voilà donc tous les 4 dans la maison. Une bonne heure s’écoule et nous finissons par sonner le départ après de riches discussions.

J’ironise en leur disant que nous n’avons fait que 5 km en 2h, nous sommes officiellement moins rapides en voiture qu’à pied 😀. Un dernier arrêt dans une ferme fruitière et nous garderons le cap jusqu’à Dunedin. Nous n’y arrivons qu’à 19h, le temps de se faire un resto. Puis nous irons planter la tente dans le noir, quelque part sur les hauteurs de Dunedin.

Mardi 20 Mars (Dunedin – Christchurch)

Le lendemain, après un petit déjeuner en bord de falaise, nous laissons Dahn à Dunedin. Il repart pour le sud. Eva, Adrien et moi irons ensemble jusqu’à Christchurch, en prenant le temps de s’arrêter, profiter des plages et des quelques merveilles qu’elles ont à offrir.

Ce soir, nous faisons un resto avec un couple de Néo-Zélandais qui avait accueilli Adrien à Christchurch. Lui va passer une semaine chez eux. Eva et moi restons au camping. Elle prend l’avion demain pour Hamilton sur l’île du Nord. Quant à moi, j’ai un covoiturage pour Blenheim. Je souhaitais au départ aller à Nelson, mais les trois prochains jours vont être pluvieux. Je prends donc mon mal en patience et me dis que ce sera là, la bonne occasion de prendre le temps de lire, d’écrire et de réfléchir à la suite.

Mercredi 21 au Vendredi 23 Mars (Blenheim)
Cette fois ce sont des vrais au revoir. Tu ne sais jamais si tu reverras toutes ces personnes. Mais si cela arrive, une chose est certaine, un lien particulier réapparaîtra instantanément, celui de la grande aventure du TA 2017-2018. Le temps n’aura jamais d’emprise dessus. Une page collective liée à la fin de l’aventure se tourne donc pour moi. La suite est à écrire. C’est cela qui m’intéresse, m’enrichir de cette diversité.
Comme prévu, le temps est vraiment mauvais. Ce sera un excellent moment pour se poser un peu.

Samedi 24 Mars (Picton)
Ce matin, je plie ma tente sous la pluie avant de m’avancer pour remonter en stop jusqu’à Picton. 10mn et me voilà dans une voiture qui me déposera devant la même auberge que celle dans laquelle j’avais séjourné lors de mon passage sur l’île du Sud, il y a maintenant deux mois et demi. Après m’être occupé de sécher ma tente et de manger, je me pose un peu dans cette auberge. Ici rien a changé. Le même type de jeunes se raconte toujours le même type d’histoire, ils tentent d’imposer leur personnalité dans le groupe, les mêmes chansons passent en boucle et c’est progressivement qu’un sentiment tout particulier m’imprègne. Tout est pareil ici, ce qui me donne l’impression finalement de n’avoir jamais quitté cet endroit, de n’y avoir simplement passé qu’une nuit. Et puis, mes souvenirs eux distendent cet espace-temps et me racontent une aventure exceptionnelle, à en faire rêver plus d’un. Une aventure m’ayant conduit sur des contrées lointaines, dans des vallées reculées énormes, à travers des rivières sauvages, dans des zones humides, au sommet de montagnes enneigées, devant et sous des nuages menaçants, au milieu de vents violents, au prix d’efforts dont la mesure n’a d’égal que le nombre de pas réalisés (soit plusieurs millions). C’est comme si pendant cette supposée nuit à Picton, j’avais fait un rêve d’aventurier me donnant le premier rôle. En regardant en arrière, je mesure pour la première fois, l’énormité de la chose, toutes les aventures que j’ai eues à affronter seul sur le terrain. Je prends réellement conscience de ce que j’ai fait…. Quelle aventure extraordinaire ! Je ressens donc une émotion particulière, qui me confirme avoir bel et bien vécu une expérience de vie exceptionnelle. Peut-être que cela s’apparente un peu aux sensations des alpinistes que je décrivais sur les pentes du Mont Cook. Mais à ce moment précis, le parfum a un goût de reviens-y! Je m’endors ce soir la tête riche d’un parcours de vie à la hauteur de ce que j’attends pour la mienne.

Dimanche 25 Mars (Ferry – retour à Wellington sur l’île du Nord)


Un dernier regard derrière mois et sur les pentes du Queen Charlotte par lequel j’ai entamé cette aventure sur l’île du Sud. C’est maintenant vers l’avant que se tourne mon regard. Il me reste un mois à vivre sur l’île du Nord. Et je le commencerai demain en fêtant mes 30 ans dans la maison où je débute du woofing.

Elle n’est pas belle la vie?

 

31 commentaires sur “La réacclimatation”

  1. Avec un peu de retard pour toi,TRES TRES BON ANNIVERSAIRE, ici nous sommes le 26 et il est
    6 h 13 (nous venons de changer d’heure), donc j’ai été agréablement surprise de pouvoir découvrir avec toi ton dernier périple encore une fois magnifique…
    A voir ce que tu peux ingurgiter en une seule journée (bien que je connaisse tes possibilités)
    attention au « trop plein ».
    Après cette parenthèse, Christian et moi te souhaitons encore BON ANNIVERSAIRE et
    t’embrassons plein plein de fois. NANOU

  2. Bon Anniversaire Amau.
    Ta trentième année a vraiment été très très riche de découvertes, d’aventures, de fatigue, de questionnements, de choix de vie, de prise de risques mais surtout de réussites, de rencontres, de connaissance de soi et de tes possibilités, de mental.
    Tu termines tes premiers trente ans dans un feux d’artifice de sensations et de souvenirs. Que demande le peuple?
    On ne peut que te souhaiter de continuer ta vie dans la même ligne et avec le même allant.

    Immédiatement il n’y a aucun doute sur ton devenir.
    Un petit woofing (ce sera des vacances) puis les amériques et……
    A suivre.
    Bises mon Fils et profites.

  3. Très BON ANNIVERSAIRE mon grand ! Tu as su faire que tes 30 ans resteront un moment de satisfaction intense. Effectivement cette superbe aventure, que tu as su mériter, sera probablement un tremplin pour la suite de ta vie. J’espère juste que tu seras toujours l’Amo qui nous fait partager ce que nous ne savons pas faire. Tes valeurs nous sont enrichissantes et nous serons tellement heureux de t’entendre nous raconter … Gros bisous Amo, profite !
    Tatie Sylvie

    1. Merci tatie!! Pour tout le sens de ton mot, très touchant! Et ne t’inquiètes pas certaines choses ne changeront pas… 😉 Gros bisous et à très bientôt!!

  4. Très bon anniversaire AMO!!!! J’ai pu encore une fois déguster avec délectation (comme un bon chocolat noir) ta période de ré-acclimatation mais surtout de décontraction bien méritée. Et tous ces merveilleux paysages que tu nous permets de partager avec toi, je comprends combien c’est enivrant (dignes des meilleurs photographes) à condition qu’ils aient faits eux aussi le TA.
    Gros gros bisous spéciaux
    Et à +
    MM

  5. Salut poulet, cool que tu es pu te reposer un peu pour me repartir. A un moment tu parles de l’effet barbu mais ne serait-il pas l’effet sans cheveux 😀. Sinon bon annif, profites bien et continue de nous faire rêver.
    PS : le CA Brive pas terrible en ce moment au rugby alors que le stade est 3eme (petit topo rugby depuis le temps)
    A j’ai failli oublier
    « Le champagne est nécessaire en cas de défaite et obligatoire en cas de victoire »
    C’est une magnifique victoire ce que tu as accompli dc champagne et en plus c’est ton annif 🎂

    1. Merci Lolo, toujours au top je vois que ton écriture s’améliore au fur et à mesure de mon voyage…. Continue comme ça gros cà fait plaisir d’avoir les news!! 😉

  6. Oui bon anniversaire mon petit cousin qui est devenu grand!! Encore 2,3 fois trente ans comme ça et t auras pas mal baroudé!! Au plaisir de te recroiser sur terre !! Quand tu atterriras!!

    1. Effectivement ca pourrait faire parti des projets! Pour l’atterrissage par contre tu le sais ce n’est pas pour tout de suite! 😉 Merci d’y avoir pense et gros bisous à toute ta petite famille!

  7. Merci encore Amaury pour tout ce que tu nous fais vivre! On dirait qu’on est à côté de toi tellement tu décris bien tout ce que tu vis, tout ce que tu vois et ressens! Bon anniversaire et que la suite de ce fabuleux voyage extérieur et intérieur continue de te combler! xxxxx

    1. Merci Louise-Ane !! Super content que tu suives ça et en plus que ça te plaise ! On se voit très bientôt maintenant !! Gros bisous!

  8. Salut amo et bon anniversaire,30ans seront pour toi des années inoubliables,profite bien et encore bravo.bises des canards.

    1. Merci Gilou, merci Babeth !! Et bonne retraite à toi!! Ça y est toi aussi tu vas pouvoir partir marcher des milliers de kilomètres… 😉

  9. Surtout, même de retour sur l’Ile du Nord, continue à feuilletonner, on se régale. Surveille le ciel 31 mars / 1er avril, il semble que l’Ile du Nord soit en limite de la zone de chute de débris de la station spatiale chinoise qui refuse de se désorbiter proprement. Si par hasard, il y en avait un qui résistait à l’entrée incontrôlée dans l’atmosphère, il pourrait choquer la terre à 300 km/h. Tant qu’à faire et parce que tu n’as pas de « tant qu’à faire »!!! qu’il évite les fondations, le champ de permaculture ou le Taranaki. Fort heureusement, les probabilités sont faibles et il y a plus d’incertitudes que de certitudes en la matière.
    En attendant, profite au maximum mon Fils des semaines restantes, en pensant qu’au bout de chaque chemin, il y a le commencement d’un autre. BIZ et à +

  10. Coucou Amaury

    Hier je t’avais laissé un message pour te souhaiter un très heureux anniversaire avec quelques jours de retard mais toujours en mars, et ce matin Nad m’a fait un poisson d’avril elle m’a effaçé mon message pour poster le sien
    Donc en ce jour du 1er avril je viens te souhaiter un très heureux anniversaire qui cette année sera une année charnière dans ta vie d’homme. Cette aventure par sa dimension exceptionnelle va nourrir le sens que tu donneras à ta vie en ne gardant que l’essentiel l’humanité, les rencontres, la beauté de la nature, les valeurs. Je te remercie de nous faire partager les grands moments de ce voyage lovée sur le fauteuil près de la cheminée à Chaussidou comme l’aurait fait Tata renée. En ce jour pascal, nous allons nous retrouver en famille réunis par AG et Nad les sioux de la tribu de Chaussidou et nous penserons très fort à toi assis sur un volcan. Je t’embrasse bien fort et te souhaite de poursuivre le chemin que tu t’es tracé, jalonné de belles rencontres, de très beaux paysages et de découvertes multi dimensionnelles.
    Adichatz
    Brigitte

    1. Merci Brigitte pour ces deux mots!! Les talents bien connus de N’as devant les ordinateurs ont encore fait effet pour te supprimer le premier 😀 en attendant je compte bien continuer à bien en profiter… 😉 Gros bisous!!

  11. Je ne sais pas si tu as fait ou compte faire l’ascension du mont TARANAKI, mais je viens
    de lire un article le concernant c’est parait-il très très dur… tu n’as jamais parlé de gants,
    qui sont en l’occurrence, plus qu’indiqués. Tout çà pour te dire bon courage, mais surtout
    envoie-nous de belles photos, et prend soin de toi. A bientôt avec encore un beau compte rendu de tes exploits. Bises NANOU

    1. Tu avais raison mieux vaut prendre des gants sur le Taranaki. Première vraie petite chute sans gravité mais sur des grosses pentes pleines de roche volcanique ça marque vite les mains 😀

  12. MERCI AMO pour ton attention très délicate dimanche, tout le monde était très heureux d’entendre ta voix d’autant que pour Toi, c’était le milieu de la nuit. On a tous entendu que nos 2 rescapés de début d’année se préparaient et s’entraînaient pour te rejoindre, alors tu n’es pas prêt d’être de retour en France!!!! Plus sérieusement, tu as mis des étoiles dans le yeux d’Eno et Quent donc à suivre.
    Maintenant si vous vous préparez à attaquer ou à ré-attaquer le Tongariro, pas de baisse de vigilance les baroudeurs et baroudeuses pour ne pas vous mettre en danger, après profitez pleinement de la vie et de ces moments magiques.
    Tant que tu es en NZ, pense au miel de Manuka. Une dernière chose Pep’s a fait partir le colis aux US hier. BIZ et à +

    1. C’est parfait! Le colis est bien arrivé… Tout s’est bien passé aussi sur le Ruapehu même s’il a fallu faire demi-tour juste avant le sommet 😉

  13. Toujours aussi intéressant de te lire, comme un très bon roman qu’on ne veut ne pas finir. Alors que tes randonnées continues, les Amériques t’attendent avec leurs paysages et les animaux sauvages en prime!! J’adore te lire, et gardes les adresses des bonnes auberges….ça, ça pourrait m’intéresser! Et bien bon anniversaire en retard. Bisous XXX. Louise

    1. Merci Loulou!! Effectivement l’arrivée est maintenant imminente !! 😉 Le voyage va donc bientôt prendre un premier grand tournant!! Après l’adaptation au climat, je viens donc tester mon adaptation à la vie sauvage 😀 à très très bientôt 😉

  14. Pendant que les woofers néo zélandais dorment, les woofers français s’apprêtent à démarrer la journée sous l’oeil pétillant des 2 ingénieurs des ponts et chaussées bien décidés à ne pas partager leur champ!!!!! Ce qui est bien dans cette ferme c’est que l’on n’est pas ennuyé par les patrons!!!! Ils ne sont jamais là, ça c’est cool!!!
    Plus sérieusement (mais l’humour est nécessaire à l’élégance de la vie, surtout quand le ciel reste désespéramment voilé par un camaïeu de gris, sans parler de l’actualité) profitez des quelques jours qui vous restent pour faire des fondations et des ouvrages solides à FAY, pour mesurer le bonheur et la richesse qu’apportent toutes les synchronicités vécues (« le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito »A. Einstein) et les nationalités croisées dans cette aventure.
    Si je n’ai pas de temps pour un nouveau commentaire, je te dis Belle Envolée pour les US où tu es attendu de pied ferme y compris pour les parties de pickball. Là bas, Pense que le 28 avril est un Grand Jour. BIZ et à +.

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