Premiers pas dans l’ouest américain

Vendredi 17 Août ( Retour à Vancouver)
L’étape française aura été riche en retrouvailles. Une belle manière aussi de se ressourcer pour reprendre la route avec un programme qui en fait rêver plus d’un, l’ouest Américain et ses espaces aussi immenses que variés. Deux mois pour vadrouiller dans des paysages ayant fait travailler mon imaginaire depuis si longtemps. Je n’ai cependant rien programmé.
Je suis accueilli chez Chloé et Edis et vais planifier mon premier arrêt depuis chez eux. Très vite, le Mont Rainier s’impose comme première destination. Il se trouve dans l’État de Washington. Je vois qu’une belle boucle existe mais qu’il faudrait réserver des mois à l’avance. Tant pis je prends ma chance et parcours les 5h de route le samedi. Après un long passage à la frontière, 3h m’auront été nécessaires, je passe la nuit à l’entrée du parc.

Dimanche 19 – jeudi 23 août (Wonderland trail – 150 km – 7000m D+ / 7000m D-)

Dimanche, réveil aux aurores (j’ai un peu 9h de décalage horaire dans la figure). Cela me permet d’être au centre d’informations à 8h30. « Bonjour, je sais qu’il faut réserver des mois à l’avance, mais je souhaite faire le Wonderland trail, y-a-t-il un moyen? »
« Voilà la liste des campings pleins et le plan, je vous invite à faire votre itinéraire »
Et bim! Je trouve le moyen en le passant sur 4,5 jours. Vive la liberté de ne pas planifier. La contrepartie, flexibilité et adaptation, ça tombe bien, ce sont mes points forts! Des journées entre 35-40km et 1500m D+ et D-. Une belle remise en forme après tant de temps sans grosses étapes.
Je n’ai pas le choix il faut donc partir aujourd’hui, je prépare correctement mon sac en visant léger. J’essaie donc la version sans réchaud pour la première fois sur une si longue période avec de telles étapes, préviens d’où je pars, et me mets en route vers 11h30.
Vous commencez à connaître maintenant les plaisirs de la randonnée, les états, difficultés, douleurs par lesquelles on peut passer, je ne vais donc pas vous détailler de npuveau tout cela. Simplement, j’ai été agréablement surpris de voir que le corps s’était très bien adapté à ce changement rude et ponctuel, aucune douleur particulière dans les jambes et genoux, si ce n’est un peu dans les épaules le temps d’adapter mon vieux sac trop petit pour moi. Le nouveau ayant été laissé en réparation en France. Le corps garde une bonne mémoire de ce qu’il a déjà parcouru et mon Ostéo de petite sœur attitrée fait de l’excellent travail!
Le sentier serpente donc autour du mont Rainier, érodé par de nombreux glaciers sur chacune de ses faces. Il traverse des forêts jonchées d’arbres déjà immenses, des prés alpins, pierriers et moraines démesurés.

Et il fait la part belle à la faune pour ceux qui commencent tôt : marmottes, biches, faons et… et… ours noir. Ça y est mon premier ours en direct en randonnée à environ une trentaine de mètres, juste en bordure du sentier dans une partie élevée, donc dégagée du parcours. Je ne le vois qu’au dernier moment après un virage simplement parce qu’il fait du bruit en bougeant. Ma clochette qu’il a dû entendre n’y est pas pour rien. Mais, il n’est pas très gros bien qu’adulte et sans petit autour. Il ne montre aucun comportement agressif. Je lui parle doucement et prends le temps de l’observer un peu. Je finis par le contourner en passant en contrebas du chemin dans une pente à 30% au moins. Je me préparais depuis tellement longtemps à en croiser un qu’avec du recul, je comprends mieux le calme que j’ai eu tout du long, à peine une légère montée du palpitant. Bien sûr, bien aidé par la taille limitée et le comportement non agressif de l’ours, mais quand même. Ce sont des animaux impressionnants avec lesquels tu aimerais tellement pouvoir t’amuser, de vraies boules de poils !

Vendredi 24 Août au Vendredi 31 Août (Traversée des états de Washington, de l’Oregon et du Nord de la Californie)
Dahn un ami canadien rencontré lors de la traversée de la Nouvelle-Zélande, et avec lequel j’ai fait un peu de woofing, est en train de faire le PCT (Pacific Crest Trail) rendu célèbre par le bouquin puis le film « Wild ». C’est un des trois sentiers traversant les USA du Nord au Sud. Dahn se trouve au nord de la Californie et prévoit de descendre à San Francisco pour rejoindre son beau-frère. Je comptais y aller donc c’est parfait, cela me laisse 4 jours pour atteindre le nord de la Californie.
Je décide de prendre la direction de la côte pacifique et me rends à Cannon beach en Oregon. Ses plages s’étendent à perte de vue. Elles sont jonchées de rochers épargnés par l’action du temps, ces derniers étant devenus de véritables points d’ancrage pour une faune ornithologique concentrée. L’alternance de l’air marin et montagnard, surtout lorsque ce dernier est rendu difficilement respirable par les feux de forêts est un plaisir que je recommande à tous.

Je prends mon temps entre marches sur la plage et dans la forêt humide longeant la côte. C’est aussi ça la liberté du voyage au long cours, la possibilité de suivre un rythme moins intense parfois.

 

Je continue ma route jusqu’à un véritable joyau abrité en plein milieu de l’Oregon, le parc national de cratère lake. Peu de monde le connaît. Il ne se trouve pas sur la route des parcs les plus connus et le manque de temps empêche généralement les crochets. Voilà de quoi en prendre à nouveau plein la rétine !!

Le lendemain je retrouve Dahn, rencontré en NZ pendant le TA. Vraiment marrant de se revoir après 5 mois. La dernière fois, c’était lors du woofing chez Fay. Que d’aventures et péripéties vécues depuis et d’autres à se remémorer ensemble. Nous longerons pendant trois jours la côte pacifique, entre petites randos, surf et gros repas!


Le moment pour moi d’apprendre aussi que mes parents se sont décidés à venir partager un petit bout du voyage. Ils atterrissent dans 8 jours. Émilie arrivera en suivant pour vivre les presque derniers moments de mon aventure. Que demander de mieux, famille et amis pour partager le spectacle des grands espaces et appréhender ce voyage d’une nouvelle manière, à plusieurs.
Mais avant ça, je décide d’aller randonner dans le parc de Yosemite.

Samedi 1 Septembre – Vendredi 7 Septembre (100 km – Dénivelé inconnu – > 3500 m D+ et D-)
Edie, rencontrée lors de ma randonnée dans l’État de Washington me rejoint le dimanche. Le temps pour moi de réaliser une première rando dans le parc jusqu’à El Capitan, la plus haute falaise pleine du monde du haut de ses 900 mètres. Les arbres y sont immenses, leur pomme de pain également. Un parfait équilibre semble ici avoir été trouvé entre le minéral et le végétal. L’arène granitique a sculpté son œuvre au milieu de la forêt. L’occasion pour moi de revoir un ours noir en contrebas, dans le lit de la rivière. Il est cette-fois à une bonne cinquantaine de mètres et détale dans un bruit de branches craquantes très peu discret. Quelques minutes plus tard, un bruit similaire se fait entendre sur les pentes sus-jacentes au sentier, mais je n’arriverai pas à voir l’animal à l’origine de ce dernier. C’est agréable de se sentir au milieu de la vie sauvage même si l’on préfère toujours qu’elle reste à une distance raisonnable.

Le lendemain, j’obtiendrai les permis pour randonner pendant 4 jours dans le parc avec Edie, avant de l’accueillir en fin d’après-midi. Nous planifions l’itinéraire et préparons nos sacs à dos des quatre prochains jours.

Lundi, nous attaquons dans le dur, directement par l’ascension du half dôme, un massif granitique qui surplombe toute la vallée de Yosemite.

Si les premiers kilomètres ressemblent à du chemin classique les derniers 400 mètres se font dans une pente à 60-70° à même la roche avec deux câbles faisant office de rampes pour s’aider à monter. Pas mal de personnes ont pris gants et baudriers pour s’accrocher à la rampe en cas de chute et tous progressent avec un sac à dos journée ou sans sac. Je laisserai la paire de gants trouvée en bas de l’installation à Edie, et nous ferons la montée et la descente sans baudriers mais avec nos sacs de rando. En se retournant lors de la montée, le corps est presque dans le vide, ça promet une descente riche en sensations. En attendant la vue du sommet est à couper le souffle.

Le Yosemite y révèle ses formes arrondies de tous ses massifs granitiques érodés et sculptés depuis des millénaires. L’ensemble ayant été cristallisé en profondeur suite à la subduction de la couche pacifique sous la couche continentale puis remonté à la surface par le jeu combiné de l’érosion, de la subsidence et de la tectonique des plaques. À en voir le résultat, je dirai qu’il s’agit d’une combinaison gagnante !!
Après une descente riche en sensations, nous continuons notre chemin et sortons des sentiers de marche à la journée, pour retrouver le calme de l’arrière-pays. Nous nous arrêterons juste avant la pluie.

Elle se dissipera rapidement pour nous laisser admirer un coucher de soleil au milieu des immensités, seuls dans un décor magique où la forêt reprend vie au milieu des troncs brûlés par un incendie d’un passé récent.

En face, le jeu de couleurs du couchant rentre en scène sur la toile de fond d’un granit figé. Un spectacle digne des meilleurs jeux de lumière humains. Comme quoi l’électricité n’est pas nécessaire pour faire prendre vie aux décors inanimés.

Mardi, la première tâche sera de trouver de l’eau. Il a fallu l’économiser pendant la nuit, plusieurs ruisseaux sont indiqués mais nous ne savons pas s’ils coulent. Les deux premiers seront secs avant que le troisième apparaisse après 10 km. Il était temps, Edie était à sec et il me restait moins d’un demi-litre. Nous avions cependant repéré un lac quelques kilomètres plus loin en cas d’urgence. Nous rechargeons donc en eau avant de prendre une longue pause en bord de rivière un peu plus loin. Bien nous en a pris, après 30 mn, un ours noir apparaît de l’autre côté de la rivière et la traverse pour venir du côté de notre berge en aval de nous à une distance raisonnable 50-60m. Il s’agit en réalité d’une ours car elle est suivie de son ourson qui semble hésitant en trempant les pieds dans l’eau.

Devant la mère s’éloignant, il finit par se lancer. Scène extraordinaire à vivre et observer! Nous profiterons de la rivière et de la cascade derrière avant de reprendre notre route, heureux d’avoir su s’arrêter au bon moment.

Mercredi, le chemin s’élève toujours et nous passerons une brèche à plus de 3500m en contrebas du « Red Peak ». L’ascension nous a guidés dans une alternance de couleurs formidables, où la végétation pousse sur un substratum rougi par l’oxydation du fer qu’il contient en bordure d’une multitude de petits lacs plus ou moins éphémères. À perte de vue, nos regards se perdent dans un décor vide de toute trace humaine. Seule la vision du sentier nous rappelle l’existence au loin, tout là-bas, de notre communauté humaine.

Jeudi, c’est la journée de descente dans la vallée, à travers un chemin de forêt. Nous y retrouvons le tumulte de la vallée, les marcheurs à la journée et terminerons nos quatre jours de rando par une bonne glace bien méritée. Edie repart sur Los Angeles ce soir et quant à moi, c’est la direction de San Francisco que je suis, car une nouvelle étape importante du voyage se prépare, l’arrivée et le voyage avec mes parents dès le lendemain.

En me couchant ce soir, je sais la chance que j’aie de pouvoir accueillir mes deux parents sur ce voyage. Qui aurait cru il y a 19 ans, après sa transplantation cardiaque, que mon père viendrait vivre l’ouest américain à l’arrière d’un vieux van Dodge de 1988? J’aurais cependant parié que ma mère le suivrait dans ses aventures. Une belle leçon de résilience face aux épreuves de la vie. Une belle leçon de vie aussi, pour ne pas se restreindre à penser ses rêves mais plutôt à saisir les occasions de les réaliser. Les chiens ne faisant pas des chats, je réalise qu’ils ont, à travers la transmission de ces valeurs, étaient à l’origine de ma volonté de vivre toutes ces aventures.


Bien conscient qu’il n’est pas donné à tout le monde de partager un voyage en van avec ses parents, et d’un autre côté, d’avoir des parents acceptant de se plier au confort sommaire d’un petit van, je sais d’avance que nous allons vivre une nouvelle parenthèse hors du temps, des moments à graver profondément dans sa mémoire. Alors pour la première fois de mon voyage, je laisserai la parole à une autre personne pour vous compter les onze jours suivants. C’est en toute confiance que je vous laisserai plonger, au cours du prochain article, dans les récits d’une plume experte, my mum’s one… À ne louper sous aucun prétexte!

12 commentaires sur “Premiers pas dans l’ouest américain”

  1. Super Amaury. On a envie de te retrouver et de marcher (à notre rythme) avec toi. Tu as vu plus d’animuax qu’au Canada et ca ne m’étonne pas! Hier, un ami m’a parlée des Wilderness Area (BLM Lands). Tu connais certainement, sinon et si tu as du temps, renseigne toi. Biz et à bientôt. P&P

    1. Salut Patricia! Bé oui avec plaisir! Effectivement bien plus de vie sauvage par ici et une organisation que je trouve mieux pensée aussi.
      Je ne connaissais pas non, mais je vais regarder ça merci pour le conseil! Très content que vous continuiez de suivre l’aventure !! J’espère que tout va bien de votre côté aussi!! Bises à tous les deux et à très bientôt !!

  2. Amaury, j’ai eu un petit pincement au coeur lorsque j’ai vu que tu nous annonçais cette nouvelle aventure du GRAND OUEST AMERICAIN avec tout l’imaginatif que nous avons pu stocker depuis notre enfance !!! alors question, qu’est-ce qu’il nous prépare encore, pour nous faire rêver ? Et bien, c’est encore au-de-là de tout ce que tu es capable de faire, et encore merci de nous faire participer à toute cette nature et faune sauvage.
    j’attends maintenant les nouveaux commentaires de Nadine.
    A bientot
    MM

    1. Ahah merci à vous de continuer de suivre tout cela! Super content que vous continuiez de prendre plaisir devant cela! On se voit très bientôt maintenant ! 😉 Et oui ça va monter crescendo dans le sprochains articles !!!

  3. salut mon Pote … simplement …magnifique … (s) …. les photos, les commentaires.. et tout et tout !!!
    je pense que ce week-end tes oreilles vont chauffer tant nous parlerons de toi et ton épopée …
    Conserve bien toutes tes de notes car bientôt il n’est pas impossible que la clique Djibout t’emboite le pas ..
    bises .. et comme disent les Marsouins …. fuis la mollesse !!!

    1. Salut Didou!! Encore un gros weekend de vendange à venir!! Je vais vous rappeler 😉
      Merci en tout cas et il me tarde d’entendre la prochaine mission marsouine, d’ici à ce que vous me parliez d’espace…. 😉😁

  4. Coup double je te laisse un message le même jour que pour l’article d’avant. La seule chose à dire, les amis et la famille, c’est quelque chose de précieux qu’il faut choyer. J’entends le prochain article avec impatience, changement de plume. En tout cas, encore un magnifique récit.
    Citations américaines qui n’ont aucun rapport mais bon:
    « Quand tu montes à l’échelle, souris à tous ceux que tu dépasses, car tu croiseras les même en bas »
    « Le monde est une caméra: souriez s’il vous plaît »
    Et pour finir : « Dieu fit les hommes inégaux. Le colt les rendit égaux »
    La biz

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